#41. Annonce officielle.

J’adore les fringues. Vraiment. Je suis le genre de tarée capable de faire le pied de grue à 8h moins 10 devant le H&M des Champs le 1er jour des soldes pour assister à l’ouverture de la grille, de passer un samedi après midi entier dans des boutiques surchauffées pleines de greluches hystériques, d’attendre mon tour aux cabines d’essayage. Je connais les collections par coeur.
Mais depuis qu’on m’envoie très (trop) régulièrement sur la surface – munie d’une liste approximative rédigée par une styliste excitée qui veut globalement tout – emprunter des produits précis pour les shootings, je déclare officiel mon ras-le-bol du shopping!
Soit c’est pour un mannequin, dans ce cas là encore ça va, on prend un 36/XS fille et M garçon. La chose se complique s’il y a des chaussures. Ou des ceintures. Ou des chapeaux (je m’étais jamais posé la question des tailles de chapeau…). Et quand ce n’est pas pour un mannequin, là c’est juste prise de tête. Genre le chanteur gras du bide de l’autre jour : l’agence a eu l’amabilité de me fournir sa taille de vêtement mais : la taille de chemise n’étant pas la même – ça dépend du tour de cou – la pointure non plus, j’étais vraiment pas fière devant les vendeurs.

Au boulot, je passe donc des après-midi à faire… du shopping. Sauf que quand c’est gratuit et qu’il faut remplir des millions de fiches avec plein de références chiffrées – c’est beaucoup moins drôle. Et puis il ne faut pas négliger aussi le fait que des sacs de courses, ça pèse lourd. Très lourd. Et que je porte tout moi même avec mes petits bras musclés.

#39. La fin d’un mythe

Les mannequins qu’on voit sur les photos (ou qui défilent) sont canonnisimmes, et ce sont naturellement de très belles filles, grandes et fines, photogéniques, à la peau parfaite , au regard pétillant et à la moue travaillée. Et ce sont toutes les mêmes, globalement. Elles viennent toutes de Russie, Pologne, République Tchèque ou autres pays de l’Est.

Et bien celles que j’ai vues (bon, je shoote pas Chanel Haute Couture non plus hein) sont quand même loin d’être des extraterrestres. Elles peuvent revenir de vacances avec des kilos en trop (oui ok c’est relatif – mais c’est quand même embêtant), en moins (c’est embêtant aussi), la fesse molle et capitonée les guette si elles ne font pas assez de sport. Hé oui, mannequin, c’est un boulot.

Le secret? On ne les shoote pas au saut du lit. Deux étapes pour les rendre parfaites : la préparation et la retouche.
First : sur le terrain, ça prend envion 2 à 3 heures. La chevelure blonde épaisse et artistiquement décoiffée est le résultat de consciencieux crépages et laquages, et parfois même rajouts – à la base, elles ont plutôt mon genre de cheveux, blond, raide, fin et plat… Pour garder ce teint parfait, mat, lisse et reposé, une nana est tapie près du set, poudre libre et pinceau à la main, prête à surgir à la moindre brillance disgracieuse.

Ensuite à la retouche, on enlève les vergetures (si si, la Victoria’s Angel a des vergetures), on leur coupe les plis de peau du ventre (entre nous même la nana la plus fine du monde, si elle se penche sa peau fera un pli, mais non, faut pas montrer ça, c’est moche.), on leur gomme la cellulite, on leur éclaire le teint, on leur corrige la peau. Je sais pas si on leur rabote les cuisses, aussi… On verra à la prochaine exé.

(Et sinon non, je ne suis pas frustrée.)

#9. Rosie a 18 ans. Elle bosse pour Viva. Son job, c’est d’être belle. Et de faire rêver.

 

 

 

J’avoue, ça fait rêver. Mais …

Morceaux choisis:

 

 » I wonder how different what I’m doing is from what a stripper does… » Je me demande à quel point ce que je fais est différent de ce que fait une strip-teaseuse. 

 

 » It’s very exciting at first, and then there is an emptiness… » C’est très excitant au début, et puis il y a ce vide…

 

« People we work with in the industry, they don’t see us as people – That’s the worse part I think, it’s to be treated as robots » On n’est pas vues comme des êtres humains par les gens qui travaillent dans l’industrie de la mode – C’est ça le pire je crois, d’être traitée comme un robot.

Les dessous du monde du mannequinat: « Picture Me: A model’s Diary »

Sara Ziff est une mannequin américaine, auteure d’un film qui pour la première fois dénonce les dessous de ce monde de rêve. Des filles parlent ouvertement, de la jeunesse des modèles, de leur vulnérabilité, du manque de réglementation (on a tendance à oublier que c’est un travail, et qu’on a des droits), des abus en tous genre, de la dictature de la maigreur et du pouvoir absolu des agences sur les filles…

 

#4 Premier shooting

C’est toute impressionnée que je me suis rendue au studio Ruchon à Paris pour le shooting des pages mobiliers du prochain catalogue.
On ne réalise pas tout le travail qu’il y a derrière une photo…

Au fond du studio, les cabines, où les filles sont maquillées et coiffées avant les shootings. Dans le studio à côté, shooting Vogue Chine. Des mannequins qui passent. Moi, je suis au anges.

Et puis, du déballage des produits shootés à leur remballage, en passant par le repassage, j’ai appris que dans le milieu, stagiaire = bonne à tout faire = fin de la chaîne du passage de nerfs. Quoi que tu fasses dans la vie (de la photo, du business ou de la comm) on te forme à porter des boîtes, repasser, faire le service au déjeuner, amener le café, et de manière générale ne pas exister pour autre chose qu’exécuter tous les ordres de tout le monde. On te fait comprendre que même si tu n’as rien à faire tu dois trouver et que de toute façon une journée de shooting ça coûte cher (tellement cher), il faut surtout pas se rater.
Quand on est quelqu’un d’important, on a la pression, on est stressé, il faut se passer les nerfs sur quelqu’un. On crie donc sur la première personne à la ronde qui soit sous nos ordres. Et en tant que stagiaire, tu es forcément sous les ordres de TOUT LE MONDE. Donc la chef met la pression à la responsable de l’exé qui met la pression aux assistants photographes qui mettent la pression sur les assistants de l’agence qui finalement mettent la pression aux stagiaires quels qu’ils soient. Et la boucle n’est pas bouclée. Ou si, dans 10 ans.

Anyway, un jour, se sera moi la chef.